Je fais feu de tout bois. Tout ce qu'il m'est donné de ressentir – l'expérience de l'œuvre originale – m'imprègne et me façonne, peut-être plus encore ce qui ne me parle pas immédiatement. Je suis surprise de voir resurgir des années plus tard l'influence incontestable d'œuvres qui m'avaient déplu.

Mais ce sont les rencontres, avec des lieux et des personnes, qui me font avancer. J'aime l'auto-stop, pour ce qu'il a d'aléatoire –la durée du trajet, l'itinéraire- et de confiant, le rapport de bienveillance qu'il présuppose entre celui qui tend le pouce et l'automobiliste qui s'arrête ; je suis persuadée que regarder l'autre avec respect et confiance, c'est déjà lui permettre de mériter cette confiance. Ma création aussi évolue au gré des personnalités dont je croise la route, c'est pour cela que je ne tiens pas à être trop autonome (avoir mon propre four céramique, ma presse pour la gravure, par exemple), j'apprécie de mutualiser les équipements car cela facilite la rencontre avec d'autres artistes.

Je suis entrée en peinture grace à la générosité de la peintre Françoise Lelouch, alors voisine de mes parents, qui m'a ouvert son atelier et offert son amitié. C'était un cadeau fabuleux, qui a radicalement transformé ma vie. Par la suite, j'ai recherché, parfois inconsciemment, ce type de relation, de transmission et de partage. Je dois ma création raku à l'enthousiame de David Léon Gimenez, céramiste d'origine espagnole qui a initié un grand nombre de céramistes réunionnais dès son arrivée sur l'île ; et j'ai imaginé des calebasses inutiles avec la fréquentation de l'atelier d'Anne Marie Séguier, l'Amok à Reviers, rempli de graines, de carapaces, de courges, toutes ces rondeurs qu'Anne Marie engobe et polit à longueur de temps. A Madagascar, à l'invitation du charismatique musicien Ricky Olombelona, j'ai investi un lieu de répétition et de rencontres qui m'a amenée à développer un travail sur le tissage (de sisal, de papier, de coton), en accord avec mon désir de créer des liens avec les artistes de Tananarive et en rapport avec les recherches de Ricky sur les Vazimba, peuple aborigène de la Grande Ile.

Pour résumer, on pourrait dire que je suis une auto-stoppeuse sur la route des créateurs voire une squatteuse d'atelier, car en effet je me déplace souvent et je crée partout.

Rary vavy (Tahala Rarihasina, Antananarivo, 2003)

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